10 aout 1792

Carle, Tyler et Hus reprennent du service

Expérience de pensée

En milieu hostile, notre corps n’est plus à nous-mêmes. Supposez que vous faites naufrage en plein océan et que votre seul salut passe par la nage en espérant trouver une terre le plus rapidement possible. Vous n’êtes pas à l’aise car le milieu aquatique n’est pas votre milieu naturel et vous ne pouvez contrôler tout ce qui se passe sous la surface, toute l’activité sous-marine. Alors que vous nagez dans un instinct de survie, vous avez soudain l’impression désagréable que vos jambes ne sont plus à vous.  Un squale pourrait passer par là et se dire facilement en les voyant : « elles sont à moi ces jambes », comme lorsque l’on dit par exemple lors d’un duel : « tu es à moi! ». Vous sentez qu’une menace, peut-être réelle, pèse lourdement sur vos jambes qui remuent, qui font un bruit régulier, qui pourrait être la cause d’une attaque violente et sans négociation. Vous aimeriez faire taire ce bruit mais vous devez avancez. A mesure que vous progressez sans savoir dans quelle direction, l’angoisse de se faire mordre violemment les jambes s’intensifie dans votre imaginaire, vous sentez qu’elles n’en n’ont plus pour très longtemps, comme si elles n’existaient déjà plus. Comme si votre cerveau anticipait déjà votre future amputation, transformant vos jambes en membres fantômes.

Une heure de nage et d’angoisse plus tard, vous apercevez une île, vous accélérez vos mouvements, priant pour que tout se passe bien jusqu’à la rallier. Vous voilà enfin sur la plage, mort de fatigue vous vous décontractez enfin, l’angoisse est partie. Ainsi, pendant tout le temps que vous nagiez, combien de squales vous a senti dans l’eau ou même vu ? Combien se sont dis : « il est à moi » ? Voilà une expérience de dépossession de soi dans laquelle, pendant un moment, vous n’étiez plus propriétaire ni de votre corps ni de vous-même tout entier, seulement un locataire, à qui on a bien voulu laisser un bien sans vraiment savoir pourquoi. (D’ailleurs, ne dit-on pas parfois que les agents immobiliers sont des « requins »?)

Je mutilerais donc volontiers un de ces sujets de philo que l’on a coutume de donner au mois de juin lors du baccalauréat, à nos chères têtes pensantes : Peut-on ne pas être soi-même ? deviendrait : Peut-on ne pas s’avoir soi-même ? Je sais que oui, et il ne me faudrait pas 4 heures pour le dire.

 

Un petit article de 2013 sur les membres fantômes :

http://www.madmoizelle.com/syndrome-membre-fantome-163332

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Cette entrée a été publiée le 22 février 2015 par dans Culture, et est taguée , , .
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